L’entrée sur le terrain signifie aussi l’établissement de relations sociales particulières avec ceux qui sont susceptibles de devenir des « informateurs », des « observés », des « participants » aux interactions enregistrées. La diversité des catégorisations existantes dans la littérature relève elle-même de manières différentes de les considérer - comme des « objets », des « sujets », des « partenaires » ou « collaborateurs », selon des approches de l’enquête plus positivistes ou plus participatives.
C’est pourquoi l’entrée sur le terrain implique et repose sur une analyse des réseaux de personnes concernées par l’enquête : personnes proches, personnes avec qui on développe des relations de confiance, personnes-ressources et alliés dans les demandes d’autorisation, mais aussi personnes qui ont des rôles de gatekeepers, qui peuvent ouvrir ou fermer les portes du terrain, qui ont avec les personnes enregistrées des relations hiérarchiques ou de connivence.
Les questions se posent de façon différente selon que le chercheur entre sur un terrain nouveau ou qu'au contraire il travaille sur un terrain dont il est préalablement membre : dans le premier cas, membre extérieur, la façon dont il se présente (« chercheur », « ami », « ami d’ami », etc.) est fondatrice de sa participation au terrain, dans l'autre, il doit opérer un changement de statut, ou gérer un double statut pendant le temps de la réalisation du terrain. On peut de la même manière distinguer les cas où le chercheur est un participant à part entière aux activités qu'il enregistre de ceux où il en est extérieur. Ces différents cas de figure influencent de manières différentes le déroulement du terrain et posent des problèmes différents pour les conduites à adopter : se présenter comme un « ami » est parfois plus facile, mais risque de poser des problèmes lorsqu’il s’agit de passer à l’enregistrement d’activités - « enregistrer » étant une activité davantage liée à la catégorie « chercheur » que « ami » (cf les travaux de Sacks sur les dispositifs de catégorisation) ; enregistrer chez soi présente l'avantage de posséder les savoirs relatifs à la situation et aux activités qu'un membre extérieur passerait un temps très long à reconstituer, mais exige plus fortement que dans d'autres cas de se détacher de l'expérience du terrain dans la phase ultérieure de transcription et d'analyse.
Pour citer cette page : groupe ICOR 2006, titre de la page, site CORINTE
http://icar.univ-lyon2.fr/projets/corinte/