COMMENTAIRES SUR :

"ATTITUDES DES ENSEIGNANTS CONCERNANT LA PRATIQUE DE LA PHYSIQUE EN CLASSE"

(R. White et R. Gunstone)

 

Anna Maria Pessoa de Carvalho

J'ai trouvé que cet article sur les attitudes des enseignants concernant la pratique de la physique en classe, vaut vraiment la peine d'être lu dans la mesure où il amène à réfléchir sur une systématisation des résultats récents de recherche et sur notre pratique et notre expérience comme formateurs de maîtres. Cet article présente des recherches qui monptrent les idées des professeurs (et étudiants) sur l'apprentissage et l'enseignement, ainsi que sur la nature de la science, les buts de l'enseignement et leurs relations avec leur attitude dans leur pratique de classe.

Il y a certains aspects que je voudrais commenter en partant de la fin de l'article où les auteurs traitent du changement des idées des professeurs. Il est toujours encourageant d'avoir des exemples qui montrent la possibilité d'arriver à un changement substantiel, non seulement des professeurs en formation initiale, mais aussi de ceux qui enseignent déjà. Mon commentaire vise cet aspect, puisque de tels changements constituent un des buts majeurs de la recherche sur la formation des maîtres.

Gunstone et White traitent des changements des idées sur l'enseignement et l'apprentissage en s'appuyant sur l'article de Posner, Strike, Hewson et Hertzog de 1982. Ces auteurs discutent de la façon d'arriver à un changement conceptuel ; pour cela l'individu doit initialement être insatisfait du concept existant, et le nouveau concept doit être intelligible, plausible et fécond. Dans une certaine mesure, ce modèle semble être en accord avec ce que les auteurs présentent comme étant le point de vue des professeurs de physique d'université sur la nature de la science considérant que la physique a une structure très fortement logique.

Néanmoins, Gunstone et White introduisent un cinquième critère pour le modèle du changement conceptuel : les professeurs doivent percevoir que les nouveaux points de vue sur l'enseignement et l'apprentissage correspondent à quelque chose de faisable. Selon notre opinion, ce critère peut affaiblir l'affirmation que le conflit est essentiel pour que les professeurs changent leurs attitudes envers l'enseignement. Même s'il sera nécessaire d'évaluer cette opinion, il semble difficilement plausible que les professeurs soient amenés à se sentir insatisfaits de leurs idées avant qu'ils ne soient persuadés d'essayer de nouvelles pratiques dans leur classe.

De plus, nous devons insister sur la contribution très intéressante fournie par les groupes de professeurs quand, collectivement, ils posent le problème de ce que le professeur doit "savoir" et doit "savoir faire" pour réaliser un enseignement de qualité. Nous voudrions aussi insister sur la cohérence des propositions faites par les groupes de professeurs comme ceux impliqués dans le travail de recherche sur l'enseignement des sciences (Science teaching research work). Même si les contributions de ces groupes sont moins clairement formulées et moins détaillées que des travaux publiés par des chercheurs, ils couvrent les principaux aspects caractérisés par les recherches, et permettent aux professeurs de trouver des publications de leur pairs qui constituent des aides réelles. Ces contributions sont consistantes avec la proposition que "savoir comment faire" est un des pré-requis pour un enseignement de qualité, des exemples d'activités sont importants. Selon Gunstone et White, " l’enseignant doit être capable de voir comment faire face à ce qu'exige l’application de ces nouvelles idées."

Nous trouvons aussi intéressant le critère de faisabilité montrant le besoin de discussion et de participation des professeurs dans les activités de classe bien structurées. Il nous est difficile d'être d'accord avec Gunstone et White quand ils affirment qu'il n'est pas suffisant d'avancer des affirmations concernant des modalités différentes d'apprentissage. Il est certes nécessaire d'aider les professeurs à reconnaître et articuler les idées qu'ils ont, et leur adéquation (ou leur justesse) mais ce n'est peut-être pas le bon "point de départ". Une interprétation possible est que les auteurs quand ils attestent de l'importance de la réflexion sur de "véritables contextes d'apprentissage" dans lesquels les professeurs réfléchissent sur leur propre apprentissage et celui des autres. Mais à notre avis ceci tout seul n'est pas suffisant. Les professeurs doivent aussi réfléchir sur leur propre comportement comme professeurs et ainsi, il est important que même les professeurs en formation initiale aillent dans la classe et testent de nouvelles propositions d'enseignement afin de recueillir des résultats et des façons de faire pour ensuite en discuter. De tels processus ne se produisent pas d'eux-mêmes. Ils doivent être encouragés dans la formation des maîtres.